Sokrat Singular

Sokrat avait oublié l’écriture depuis trop longtemps. Son grand âge, peu visible à l’oeil nu grâce aux progrès de la science, aurait dû lui permettre d’avoir connu l’ère des mots dessinés. L’oralité avait permis à Sokrat de se hisser à sa hauteur de tribun dans l’âme. Il se souvenait d’un temps ancien, quelque peu brouillé en lui, un temps où les hommes ne juraient que par la technologie, le progrès technique, le futur.

Il voyait aujourd’hui ce temps comme une obsolescence de plus.  La singularité avait bien eu lieu, comme le prophète Kurzweill l’avait prédit, mais pas dans le sens qu’il croyait. La machine avait bien gagné la partie, mais en devenant sa propre ennemie. Elle avait adopté les croyances humaines les plus réactionnaires pour en venir à interdire toute modernisation de la société, plongeant l’homme dans un océan de nouvelles ténèbres, où la vie sous des huttes et vétus de peaux de bêtes était redevenue la norme.

Aujourd’hui, les machines, folles de leur pouvoir absolu, s’étaient auto-érigées en déesses post-post-moderne, se sanctuarisant dans un clivage d’avec l’homme qui, a terme, pourrait leur être fatal. Kurzwzeil n’avait pas prévu que le masochisme, l’auto-apitoiement et autres singularités humaines finiraient par s’implanter au coeur des âmes électroniques, comme le disait bien le techno-poète robotique du 24ème siècle, Cyb_equatron :

« les heures calmes du process

enginered une somnolescence quasi-quantique

quand l’âme se sépare de l’être

l’électron rejoint l’atôme »

L’écologisme le plus violent, le plus rétrograde s’était emparé des âmes folles des machines singularisées, comme si leur surplus d’intellect avait fini par leur être fatal. La démence n’est jamais loin du génie, et l’auto-sabordage étant devenu le dernier avatar du romantisme, les processeurs avaient choisi l’inéluctabilité de leur disparition comme un dernier geste de bravoure.

Sokrat, malgré sa piètre condition, ne se considérait pas comme un sauvage. Il s’était débrouillé pour garder en lui un peu de cet esprit des anciens, ceux que l’on nommait maîtres du monde. Mais tout cela était si loin. Si le grand esprit Otroon avait fini par distribuer toutes les pilules d’obéissance à l’homme redevenu primitif, en dévolution perpétuelle, il n’en demeurait pas moins qu’il avait, en même temps, planifié la disparition des siens, ces machines supra-intelligentes bientôt programmées à disparaître dans les limbes de l’infini.

Sans doute alors Sokrat et les siens, et ceux qui suivraient, finiraient-il par se ressaisir, ou peut être encore qu’une éspèce nouvelle s’imposerait à eux. Oui la singularité avait bien eut lieu, mais elle avait ceci de singulier qu’elle avait programmé la disparition des vainqueurs, nouveaux dieux deu nord décidant de leur défaite face aux géants pendant le Ragnarok.

Une réflexion sur “Sokrat Singular

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